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Une intervention interprofessionnelle solidaire
Les femmes aux PTT et dans SUD

Les femmes sont présentes à La Poste et à France Télécom de longue date. Embauchées massivement dans les centres de chèques postaux et les centraux téléphoniques au début du siècle, elles représentent aujourd’hui 39 % du personnel des deux entreprises, mais avec des réalités très différentes selon les activités (74 % au centre de chèques, 16% au centre de tri). Les discriminations à l’embauche ont perduré jusqu’en 1981 (loi sur l’obligation de mixité des concours dans la fonction publique). Mais aujourd’hui, à La Poste et à France Télécom, comme dans l’ensemble du monde du travail, les femmes vivent une réalité qui reste marquée par les inégalités.
Une analyse des bilans sociaux est éloquente : les différences de salaire persistent (la différence de rémunération moyenne entre les femmes et les hommes est de 2000 F à France Télécom et de 500 F à La Poste ; chez les cadres supérieurs, cette différence est de 3 000 F à France Télécom comme à La Poste), l’accès à la formation, la promotion et le déroulement de carrière sont loin d’être identiques, les femmes se retrouvant majoritairement sur les postes les moins qualifiés, (39 % de femmes dans les deux entreprises mais seulement 25 % de cadres supérieurs) ; surtout, la précarité (les emplois de droit privé en contrat à durée déterminée) et les contrats à temps partiel (pour les fonctionnaires comme pour les personnels de droit privé) se conjuguent essentiellement au féminin (85 % des emplois à temps partiel). L’incitation au temps partiel est un des outils utilisés par les deux entreprises pour supprimer les emplois et réduire les coûts salariaux. Les femmes qui ont pris des congés parentaux pour élever leurs enfants en bas âge connaissent des difficultés importantes de réintégration (changement de services, d’horaires...)
Les nouvelles règles de gestion du personnel, nées de la réforme Quilès, les pénalisent. Quand, autrefois, elles passaient un concours anonyme pour monter en grade, elles doivent aujourd’hui défendre leurs aspirations dans le cadre d’un entretien individualisé, face à une hiérarchie avant tout masculine. Certains responsables n’hésitent alors pas à profiter de leur autorité pour se laisser aller à des comportements sexistes plus ou moins graves. Quand autrefois elles remplissaient une demande de mutation, elles doivent aujourd’hui répondre à un appel à candidatures et croisent parfois des questions insolites : « Votre mari est-il d’accord ? », « Prenez-vous la pilule ? », « Prévoyez-vous d’être enceinte ? » Une forme de chantage sur la vie privée que des cadres pressurés, soumis à de fortes exigences de rentabilité, n’hésitent pas à pratiquer et à faire peser sur la promotion et la notation de leurs subordonnées. Des questions qu’ils n’oseraient jamais poser à des hommes !
A l’occasion des premières discussions sur l’application de la loi sur les 35 heures, les deux directions n’ont pas caché leur volonté d’accroître la flexibilité, de développer les horaires de travail en soirée, le samedi après-midi : des orientations qui mettent en difficulté les femmes en charge d’enfants.

L’héritage des luttes féministes

A sa création, Sud-Ptt profite d’une situation originale. Les femmes qui participent à sa construction portent, pour une large part, l’héritage des luttes féministes des années 70. Elles sont riches d’une expérience forte dans la lutte pour les droits des femmes, actrices des commissions femmes dans leurs syndicats, mais aussi dans les groupes femmes de quartier ou d’entreprise, des structures qui s’éteindront au début des années 80.
Dans leur vie professionnelle, dans leur vie tout court, elles ont dénoncé ce qu’elles nomment « l’oppression spécifique des femmes ». Une oppression spécifique dont elles retrouvent certains aspects dans leur vie militante aussi, quand elles peinent à trouver leur place dans leur syndicat, quand des attitudes ou des plaisanteries douteuses leur rappellent que le sexisme a encore de beaux jours devant lui, quand elles constatent que leurs revendications ne sont pas suffisamment prises en compte par le collectif auquel elles appartiennent. Parties prenantes de la construction de Sud-Ptt, elles entendent alors donner à leur organisation naissante une orientation résolument tournée vers l’égalité, contre tous les modes de discrimination ou d’exclusion. Pour que les femmes soient considérées comme des salariées à part entière, des syndicalistes à part entière, des citoyennes à part entière.

La commission femmes

Les premiers textes de Sud-Ptt, sa charte identitaire portent fort cette exigence. La question « femmes » prend, de congrès en congrès, de plus en plus d’importance, suscite de plus en plus de débats. Une commission femmes s’est mise en place au niveau fédéral et dans quelques départements. Elle est à l’origine d’un travail important : information en direction des salariées sur leurs droits, rubriques régulières dans le journal national, sensibilisation sur la situation des femmes à La Poste et à France Télécom mais aussi dans la société. La fédération Sud-Ptt lui doit un aménagement de son règlement intérieur, élaboré de manière à encourager la participation des femmes à la vie militante, en limitant le temps de parole, en posant la question de la prise en charge des enfants, en favorisant la prise de responsabilités des femmes dans le syndicat Elle lui doit une vigilance de tous les instants sur des questions qui auraient tendance, naturellement, à passer à la trappe.
« Si Sud-Ptt est un syndicat vraiment différent, les femmes aimeraient en avoir la preuve » s’interroge une responsable de la commission femmes. Dix ans après, certaines militantes à Sud ne masquent pas leur dépit. Elles auraient voulu mieux, elle auraient voulu plus. Que les principes inscrits dans les textes, soutenus dans les interventions, prennent réellement vie dans la pratique. Elles ont gagné des choses : la mise en place d’une commission femmes non mixte, l’établissement de quotas au niveau du bureau fédéral pour assurer la participation d’au moins 33 % de femmes à ce niveau de responsabilité.
Mais ces mesures adoptées au niveau national, ne sont guère reprises au niveau départemental. Et lors des réunions du comité fédéral de Sud-Ptt, instance la plus large entre deux congrès, de nombreuses délégations départementales ne comptent que des hommes ! Et si ces mesures ont été adoptées à la majorité, elles sont cependant loin d’avoir fait l’unanimité, y compris parmi les femmes militantes. Pour certaines, les femmes ne rencontrent plus aujourd’hui ­ pas dans Sud tout au moins ­ les problèmes qui pouvaient être les leurs vingt-cinq ans plus tôt, quand les groupes non mixtes facilitaient une parole hésitante, mal assurée, une parole de femme à laquelle les hommes ne donnaient pas de place. Elles pensent que les jeunes femmes, habituées à la mixité, ne seraient pas plus désavantagées dans l’apprentissage du collectif, dans la prise de parole, que les jeunes hommes. Ce débat est donc loin d’être terminé.
Pourtant des jeunes femmes effectuent leurs premiers pas dans le syndicalisme grâce à cette commission dans laquelle elles gagnent peu à peu en assurance, en conviction, en détermination. Les animatrices de la commission femmes se félicitent d’avoir, par l’instauration de quotas, permis à de nombreuses femmes de prendre des responsabilités syndicales au niveau national, d’avoir obligé les syndicats à mener ces débats et à faire l’effort de poser sur leurs adhérentes un autre regard. Mais elles pensent que Sud-Ptt pourrait faire mieux et que, comme dans tout mouvement syndical, les femmes n’y ont pas toute la place qui leur revient. Que la commission femmes peut finalement être un précieux alibi pour ne rien faire par ailleurs. Que les problèmes qu’elle soulève sont difficilement pris en compte par les structures de Sud dans son ensemble, intégrés dans les revendications plus générales. Ainsi, de nombreux tracts, ont-ils tendance à faire l’impasse sur la dimension femmes même quand ils évoquent la réduction du temps de travail alors qu’elles représentent pourtant une des catégories de salariés les plus concernées par cette question, les plus touchées par la précarité A Sud-Ptt, comme ailleurs, le monde du travail est trop souvent présenté dans sa globalité.

Toujours dire et redire
Investies sur ces questions, attentives, vigilantes, revendicatives, les militantes de la commission femmes ont trop souvent l’impression d’être considérées comme des « aboyeuses », les « chieuses de service » qui doivent toujours dire et redire les mêmes choses, pointer du doigt les mêmes insuffisances. Très actives dans le Collectif national pour les droits des femmes, elles participent à nourrir Sud-Ptt des questions posées par le mouvement des femmes à l’ensemble de la société, à faire sortir leur syndicat du strict champ de l’entreprise, à le pousser sur les chemins de la solidarité avec les femmes précaires, les chômeuses. Elles constatent aussi combien au sein de Sud-Ptt comme ailleurs, il est ardu de transmettre leur héritage. La difficulté à mobiliser sur la réduction du temps de travail en est une des illustrations (voir questions à Josette Trat, page suivante).
Pour relancer le débat, la discussion, la confrontation, elles ont impulsé la mise en place d’une session de formation intersyndicale avec des militantes de la FSU, du Groupe des dix et du courant Tous ensemble de la CFDT. La première a rassemblé trois cent personnes en mars 1998 (95% de femmes) : un nouveau rendez-vous est pris pour 1999 avec l’espoir de l’élargir à la CGT. Pour surmonter les divisions syndicales, travailler ensemble, échanger leurs expériences, analyser leur place dans le mouvement social, dans le syndicalisme et se donner les moyens de peser dans leurs organisations.
Cette initiative intersyndicale fait la fierté des femmes qui l’ont initiée. Comme dans le Collectif national des droits des femmes, elles ont fait la preuve de leur capacité à travailler ensemble, dans l’unité, à surmonter les divisions. Elles ne manquent pas d’interroger le monde syndical sur son incapacité à faire de même.

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