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Une intervention interprofessionnelle solidaire
AC ! Sortir de la soumission et du non-droit

Ci-dessous une interview, réalisée en 1998, d’Hubert Constancias et de Claire Villiers, tous deux fondateurs et animateurs d’AC !
L’association AC ! (Agir ensemble contre le chômage !) a été créée en 1993 par des militants syndicalistes et associatifs conscients de la nécessité de donner un cadre commun aux salariés et aux chômeurs pour lutter contre le chômage et la précarité. Sud-PTT s’y est engagé très fortement dès le début. La première initiative a été une marche partie des quatre coins du pays au printemps 1994, suivie trois ans plus tard des Marches européennes de mai et juin 1996. AC ! s’est largement fait connaître lors des actions des chômeurs de l’hiver 1997-1998.

Quelles étaient les raisons de la création d’AC ! en 1993 ?

H.C. : AC ! résulte avant tout de la volonté de militants syndicaux et d’associations de chômeurs d’être en lien, de se donner les moyens de créer une dynamique commune pour lutter contre le fléau du chômage et se rapprocher du plein emploi. Pour nous, au MNCP, il nous semblait qu’il manquait une structure qui, au-delà de la dimension revendicative et sociale d’urgence portée par les associations de chômeurs, puisse remettre en cause ce système économique créateur d’exclusion. Nous pensions qu’entre les organisations politiques et les organisations de chômeurs il existait un espace à occuper : un espace de réflexion, de pression pour changer un certain nombre de règles, ce que les organisations de chômeurs n’étaient pas en mesure de faire seules.

C.V. : Les syndicalistes qui se sont engagés dans AC ! étaient auparavant regroupés autour de la revue Collectif sur la question « mouvement syndical et dynamique sociale ». Nous partagions la conviction que les dynamiques sociales n’étaient pas le seul fait du syndicalisme. Le chômage était bien sûr une de nos préoccupations. Nous ne pouvions pas ignorer le lien qui existait entre son développement et la dégradation des conditions de travail et de vie de ceux qui avaient encore un emploi. Nous voulions trouver une solution pour parvenir à ce que les premiers concernés, les chômeurs, soient en mesure de s’organiser. Enfin, nous avions, nous avons toujours une obsession : celle de mettre un terme aux capacités de nuisance du Front national qui exploite la colère et le désespoir des plus défavorisés pour développer ses réponses de haine, d’exclusion...

Cette organisation des chômeurs ne pouvait-elle pas se réaliser à l’intérieur des syndicats ?

C. V. : La CGT fait quelques tentatives pour réellement organiser les chômeurs en son sein mais qui demeurent frileuses. La CFDT, pour sa part, n’avait aucune stratégie de cette sorte. Dans le cadre de sa politique d’accompagnement de la précarisation, il n’était évidemment pas question d’organiser les chômeurs pour qu’ils résistent mieux. Et puis, gestionnaire de l’UNEDIC depuis 1992, elle n’avait aucune envie d’avoir des chômeurs organisés qui pourraient venir mettre un grain de sable dans cette jolie mécanique. Quant à FO, sa manière de voir les associations de chômeurs était totalement caricaturale, au point d’avoir osé faire l’amalgame avec les Sections d’assaut (SA) de Hitler... Les chômeurs avaient donc bien du mal à pouvoir se reconnaître dans des organisations qui, de plus, passent leur temps à se diviser. Il fallait mettre en place un outil de lutte contre le chômage pour conquérir des droits et dépasser ces difficultés.
C’est l’ensemble de la société qui est confrontée à la question du chômage et pas seulement les syndicats. Que ce soient les associations de quartiers qui font du soutien scolaire ou des permanences sur le surendettement, les organisations féministes ou féminines, les organisations antiracistes, tous les mouvements de luttes, syndicaux ou associatifs, sont directement percutés par cette question. Il fallait une autre démarche que celle des organisations caritatives dont l’action permet bien sûr d’éviter que l’on meure de faim mais ne permet pas à des centaines de milliers de gens de sortir d’un régime de soumission et de non-droit. Nous voulions mettre en place un réseau de lutte contre le chômage qui rassemble toutes les forces intéressées. Une structure souple qui mette en œuvre de nouvelles formes de démocratie, de mises en mouvement, qui allie l’envie des individus de s’impliquer et des prises de conscience plus collectives. Nous voulions pouvoir à la fois être en mesure d’agir sur les choses les plus immédiates mais aussi nous inscrire dans un projet de société alternatif plus large.

Cinq ans après la création d’AC !, quel regard peut-on porter sur ce pari initial ?

H.C. : AC ! a été un formidable outil d’action. Les associations de chômeurs seules n’avaient pas été capables de créer des mobilisations fortes et suffisamment actives pour modifier le rapport de force. Les militants syndicaux ont apporté dans AC ! une expérience revendicative que ne possédaient pas nos associations. La dynamique créée par AC ! a permis de renforcer le lien entre toutes les organisations de chômeurs et les organisations de salariés qui finalement ne se connaissaient pas trop. Nous nous sommes tous retrouvés dans le mouvement de l’hiver 1997. Si la participation de certaines organisations syndicales a été soulignée, l’absence de FO et de la CFDT n’est pas passée inaperçue. On peut légitimement regretter que ces grosses organisations syndicales n’aient toujours pas compris quel était l’intérêt de soutenir les organisations de chômeurs. Elles devraient pourtant comprendre notre combat. A travers nos actions, nous ne faisons rien d’autre que nous battre pour améliorer notre sort, ce que font normalement les syndicats pour les salariés...
AC ! s’est construit sur une conception fédératrice et c’est cela qui fait sa force. Elle a une double vocation : celle, plus immédiate, de lutter pour l’amélioration des conditions de vie des chômeurs et celle, plus générale, de revendiquer la réduction du temps de travail et la création d’emplois. Mais on assiste aujourd’hui à un glissement fort dans AC ! qui tend à privilégier les revendications immédiates sur les mots d’ordre plus généraux contre le chômage, plus difficiles à mettre en œuvre. Il nous faut tous être attentifs à cette évolution car elle porte en germe le risque de placer AC ! en concurrence avec les associations de chômeurs pour lesquelles les revendications concrètes, immédiates, sont le terrain d’intervention « naturel ». Si l’on n’y prend pas garde, AC ! risque de perdre sa capacité à rassembler.

C.V. : Depuis la création de l’association, on s’acharne à ne pas faire d’AC ! une organisation classique. Mais ce n’est pas si simple. Notre projet initial de construire un réseau d’organisations a, dans les faits, beaucoup évolué. Dès la tenue de nos premières assises, en janvier 1994, des gens sont venus qui n’étaient pas organisés et qui ont désiré nous rejoindre. Nous avons donc fait le choix d’accepter aussi les individus. Ensuite, notre plate-forme elle-même a évolué. L’appel initial était un appel de syndicalistes très axé sur l’abolition du chômage avec, comme levier principal, la réduction du temps de travail. Un seul petit paragraphe mentionnait qu’il s’agissait aussi d’obtenir des moyens d’existence convenables pour tout le monde et que cela nécessitait des luttes quotidiennes. Mais toutes les chômeuses et les chômeurs qui ont rejoint AC ! ont vite fait de donner à ces revendications concrètes une toute autre importance : ne pas se faire virer de son logement, avoir de quoi se nourrir, se déplacer, c’était pour eux de la première urgence. Nous, syndicalistes, nous avions par exemple largement sous-estimé la question des transports. Nous ne l’avions même pas envisagée. Les luttes pour la gratuité des transports sont apparues au printemps 1994 et elles n’ont pas cessé depuis, avec de très grosses mobilisations unitaires comme à Toulouse. Pourquoi sont-elles autant parvenues à mobiliser ? D’abord parce que c’est une revendication concrète, immédiate et qui peut aboutir. On retrouve là d’ailleurs l’un des ressorts de ce que devrait être le syndicalisme, la volonté de gagner des choses : l’action collective ne peut faire la preuve de son utilité que lorsqu’elle est efficace. Mais cette revendication des transports gratuits exprimait aussi la volonté de se réapproprier l’espace, de retrouver une vie sociale, de sortir de l’enfermement domestique du quartier. Nous n’avions pas compris combien, pour un chômeur, ne pas avoir les moyens de se déplacer c’était comme d’être assigné à résidence ! Si AC ! a pu devenir une référence, c’est d’abord parce que son existence a reposé et repose encore sur un réseau très large de militants syndicaux, politiques, associatifs, qui avaient, même issus d’organisations différentes, l’habitude de travailler ensemble et partageaient les mêmes repères. C’est aussi parce qu’AC ! a su construire des collectifs locaux : près de 200 sur l’ensemble du territoire, c’est un trésor inestimable. Un autre point fort d’AC !, c’est sa volonté unitaire, son refus de se comporter en organisation hégémonique. Notre bilan devrait d’ailleurs inspirer le mouvement syndical : plus on est unitaire et fédérateur, mieux on se construit. Et pas besoin d’être d’accord sur tout pour agir ensemble. C’est vrai à l’intérieur de AC ! et c’est vrai avec les autres, c’est ça notre conception de l’unité. Aucune des quatre organisations impliquées dans les luttes de l’hiver dernier n’est ainsi d’accord sur ce que devrait être le niveau de l’indemnisation des chômeurs : AC ! pense que ce devrait être le SMIC, l’APEIS et le MNCP disent environ 4 000 F, et la CGT-chômeurs 80 % du SMIC revendiqué. Mais nous sommes tout de même parvenus à faire l’unité sur une revendication intermédiaire, 1 500 F de plus pour tout le monde, tout de suite. AC ! a conservé de sa construction initiale l’idée de ne pas être une association de chômeurs de plus mais bien une fédération de forces. Mais les copains chômeurs qui se reconnaissent dans AC ! revendiquent leur place, leur autonomie et le débat revient sur le tapis à chacune de nos assises avec plus ou moins de force. C’est assez compliqué et nous ne sommes toujours pas parvenus à trouver une solution adaptée à cette difficulté. Les chômeurs apportent aussi dans AC ! un autre rapport au temps, à l’action. Quand on n’a que 2 000 F par mois pour vivre, on ne peut pas passer des années à se demander si c’est le bon moment pour lutter, si c’est la bonne revendication... Alors, il n’y a pas une seule réunion d’AC ! où l’on se quitte sans une décision d’action. C’est très bien mais il faut prendre garde à ce que ce rapport à l’urgence ne conduise pas à un activisme qui serait le fait de militants radicalisés, mais très minoritaires, abandonnant le souci de construire un mouvement large.

Comment percevez-vous l’implication des salariés par rapport aux actions des chômeurs ?

H. C. : Les salariés ne sont pas suffisamment sensibles au vécu quotidien des chômeurs et les chômeurs ne sont pas suffisamment conscients de ce qui est subi dans les entreprises par les salariés. Pendant la marche contre le chômage de 1994, les copains salariés ont eu beaucoup de mal à comprendre et à gérer certaines marches parce qu’elles comptaient de nombreux SDF, complètement démunis, hors circuit. Même si chacun a tenté d’y mettre du sien, le fossé entre les uns et les autres était trop important pour se combler au cours de la marche et cela ne s’est pas toujours bien passé.

C. V. : Il faudrait que les salariés puissent comprendre, et particulièrement ceux qui jouissent d’un travail à peu près stable, combien le chômage, la précarité, peuvent être une situation d’une intolérable violence. Ce n’est pas seulement l’absence de travail ou de revenu mais c’est être soumis quotidiennement à un terrible contrôle social. Il faudrait qu’un jour on réalise par exemple un film sur les entretiens d’embauche : de véritables procédures psychologiques d’anéantissement, de destruction, de mise en morceaux. Quand on a subi cela 150 fois et que, jamais, on n’a été retenu, on a envie d’envoyer tout promener. Comme on ne peut pas vivre avec cette souffrance pendant des années, il faut la retourner. Comme on n’est pas dans la capacité de la retourner dans une action collective, on la retourne contre soi : « Puisqu’ils ne veulent pas de moi, et bien moi je veux plus d’eux. De leur boulot j’en veux pas... » Nous sommes dans un système capitaliste où l’emploi est à la fois source d’insertion sociale et induit un rapport de domination qui est source d’aliénation. Le mouvement de lutte contre le chômage pose de vraies questions de fond : Quelle place peuvent avoir ceux et celles qui n’ont pas de travail dans cette société ? Peut-on combattre le capitalisme en étant totalement à l’écart des rapports de production ou peut-on construire des rapports de production qui échappent à la domination ?... Ce sont des questions essentielles pour l’avenir et c’est le mouvement des chômeurs qui les porte. Si le syndicalisme était en mesure de les poser dans ces termes, on aurait accompli beaucoup de progrès !

Quel regard portez-vous sur l’engagement des syndicalistes dans AC ! ?

H. C. : J’aurais surtout des reproches à faire aux organisations syndicales que l’on ne voit pas. Ensuite, j’attends d’une structure syndicale qu’elle soutienne en fonction de la demande qui lui est faite et non pas qu’elle tente d’imposer sa vision des problèmes. Elle doit être à l’écoute de ce qui est demandé et répondre à cette demande. A chaque fois que nous l’avons sollicité, aussi bien pour AC ! que pour le MNCP, Sud-PTT a répondu présent de cette manière. Mais Sud se heurte à la même difficulté que les autres organisations syndicales impliquées dans AC ! : elle n’est pas sûre de mobiliser beaucoup de ses adhérents pour soutenir une action de chômeurs... Comme, à l’inverse, les associations de chômeurs peuvent avoir du mal à soutenir les luttes des salariés.

C. V. : Les organisations syndicales qui étaient parties prenantes de la création d’AC ! ont du mal à maintenir un engagement permanent dans la durée, les militants qui s’y investissent sont happés par beaucoup d’autres activités. Seuls Sud-PTT, le SNUI, la CFDT-ANPE étaient présents lors des dernières assises nationales d’AC !. Mais, au-delà de leur engagement de principe, ces organisations ont du mal à intégrer la question du chômage dans leur pratique quotidienne... Aujourd’hui, dans toutes les entreprises dans lesquelles elles négocient la réduction du temps de travail, elles devraient solliciter les organisations de chômeurs pour mener des initiatives communes. Coller sur tous les lieux de travail des affiches : « La réduction du temps de travail pourrait créer tant d’emplois dans cette entreprise, prenez contact avec la section syndicale ». Susciter, par exemple dans les cantines, des débats entre salariés et chômeurs pour que s’atténue la méfiance réciproque des uns envers les autres, peut-être plus encore des salariés à l’égard des chômeurs. Mettre en relief les intérêts communs qu’ont les uns et les autres comme lors de cette opération sur un bureau de poste à Asnières, à l’initiative des syndicats Sud-PTT et CGT, des organisations de quartiers et des organisations de chômeurs : les usagers qui en ont marre de faire la queue le samedi matin, les salariés qui dénoncent leurs conditions de travail, les chômeurs qui voudraient du travail... tous peuvent s’entendre pour la création de postes supplémentaires.
Il faudrait renforcer la présence des militants syndicaux dans les collectifs AC ! en ce sens qu’elle favorise aussi la structuration des copains chômeurs et précaires : la précarité, c’est aussi la destruction de la vie, l’incapacité à construire dans la durée... Des militants qui ont une insertion sociale plus stable, une expérience militante plus importante sont d’un apport précieux dans la construction d’une organisation.Une présence et un lien avec les associations qui luttent sur le terrain de l’exclusion, et avec les exclus eux-mêmes, une présence sur un terrain duquel les confédérations sont absentes comme si elles avaient peur des pauvres...
Les chômeurs font peur aux salariés et effrayent même certains militants syndicaux. Le chômage, c’est comme si c’était contagieux : on n’a pas envie de militer avec des gens qui sont justement ce qu’on n’a pas envie de devenir. Alors toutes les possibilités de rencontres, de discussions sont à saisir pour modifier cet état d’esprit et démontrer que l’on peut parler avec des chômeurs, des chômeuses, sans devenir chômeur pour autant le lendemain.

Un an après le mouvement des chômeurs de l’hiver dernier, peut-on espérer de nouvelles mobilisations ?

H. C. : Regardons le chemin parcouru. En 1992, lors des négociations UNEDIC, la dégressivité des allocations était imposée aux chômeurs. Le MNCP avait appelé à un rassemblement devant le siège du patronat où se déroulaient les négociations : nous n’étions qu’une poignée. Mais 20 000 lors de la dernière manifestation organisée devant le siège de l’UNEDIC en 1998. Je reste donc optimiste. Les choses évoluent, nos réseaux s’organisent et se donnent des moyens pour mobiliser. Résultat de nos luttes, des comités de liaison ANPE vont se mettre en place auxquels nous participerons pour assurer le relais de toutes les informations vers nos militants et les chômeurs. Les grandes organisations syndicales qui ne nous ont pas soutenus, qui nous ont même parfois mis des bâtons dans les roues, n’auront bientôt plus d’autre choix que de nous rencontrer et même de travailler avec nous. Nos associations finiront bien par être reconnues comme partenaires de l’ensemble des forces syndicales. Le fait d’être reconnu par le gouvernement, suite aux luttes, est un résultat important même s’il est insuffisant. Bien sûr, j’ai du mal à croire que demain il n’y ait plus de chômage, mais nous n’avons pas d’autre choix que de continuer à nous battre, nous n’avons rien à perdre... Nous battre pour créer des emplois et diminuer le taux de chômage, nous battre pour améliorer la vie des chômeurs et obtenir un revenu minimum le plus proche possible du SMIC, nous battre aussi pour que les salariés qui bossent dans les entreprises aient plus que le SMIC pour vivre.

C. V. : Il nous faut d’abord élargir le mouvement des chômeurs aux chômeurs. Mais il faut aussi trouver des modes d’actions qui intéressent les précaires et cela concerne aussi les organisations syndicales. Pourquoi ne pas organiser par exemple la tenue de grandes assises des précaires ? Ne devrions-nous pas nous emparer de la campagne contre le temps partiel imposé, impulsée par le Collectif national des droits des femmes ? Cette question suscite d’importants débats dans AC !. Une partie des camarades pensent que le temps partiel imposé n’est pas un problème, que l’essentiel est de parvenir à obtenir un complément d’indemnisation, à transformer en fait ce temps partiel en chômage partiel. C’est une position qui peut sembler aujourd’hui logique mais elle ne s’attaque pas au phénomène du temps partiel. Ne risque-t-on pas ainsi de tomber dans le piège tendu par le patronat qui aimerait limiter le montant des salaires et faire reposer le reste sur la solidarité nationale ? La revendication du complément d’indemnisation, si elle peut sembler offensive, peut aussi s’inscrire dans la défaite, le renoncement.
En fait, AC ! et les luttes des chômeurs reposent toutes les questions liées au travail, à l’emploi, à sa nature, sa structure, son lien avec le salaire... Leurs actions s’inscrivent au cœur de ces débats, avec des errances, des hésitations, des compromis, des difficultés...
Aujourd’hui, trop de chômeurs et de précaires acceptent encore leur situation. Ils ont intégré leur exclusion, sont convaincus qu’il n’y aura plus jamais de travail pour tout le monde. Quand on conteste, que l’on argumente sur la réduction du temps de travail, la possibilité de travailler tous vingt heures, ils hésitent mais en même temps cette perspective leur paraît tellement lointaine... Comment avancer ? Nous souhaitons fédérer toutes les forces autour du refus de la précarisation de la société : tout le monde peut se retrouver là-dessus, chacun peut s’emparer de cette position pour la décliner sur son propre secteur, à partir de sa réalité syndicale ou associative.
Nous voudrions aussi parvenir à ce que toutes les plates-formes syndicales intègrent des revendications sur les minima sociaux et les allocations chômage. Cette préoccupation à l’encontre des chômeurs était une constante du mouvement ouvrier avec laquelle le syndicalisme doit renouer. Il n’y a pas si longtemps, en 1974, le dernier grand accord entre la CGT et la CFDT portait cette exigence d’un revenu de remplacement en cas de chômage égal au minimum à 90% du salaire ou du SMIC. Il faut reprendre ces questions, en débattre largement parce que c’est loin d’être clair pour les salariés. J’imagine un salarié qui gagne à peine au dessus du SMIC, il se dit : « Moi, je bosse dans des conditions pas terribles et l’autre qui ne fait rien gagnerait presque autant que moi... » C’est une discussion difficile à mener, mais qu’il ne faut pas hésiter à avoir. Elle oblige à réfléchir en terme de stratégie et à comprendre combien l’augmentation des minima sociaux pourra profiter aux salariés. Plus les chômeurs auront des droits, seront correctement indemnisés, moins ils accepteront n’importe quoi, moins les employeurs pourront baisser les salaires. Si les minima sociaux augmentaient de 1 500 F, comme on le demande, ils s’élèveraient à 3 500 F et alors personne n’accepterait d’être caissière à Carrefour pour 2 000 F par mois !
Dans nos perspectives, il ne faut bien sûr pas oublier le travail mené au niveau international, avec l’organisation d’une nouvelle marche européenne contre le chômage sur Cologne, le 28 mai 1999, au moment de la réunion des chefs d’État européens. Nous avions eu, en 1997, le culot de nous lancer dans ce pari un peu fou et cette dynamique de réseau a plutôt bien fonctionné au niveau européen. Nous voulons continuer.
Pour finir, une interrogation. Le mouvement de l’hiver dernier était plus un mouvement des chômeurs pour leurs droits qu’un mouvement de lutte contre le chômage. Quelle conclusion doit-on en tirer ? Que ce mouvement des chômeurs, comme la manière dont AC ! s’organise aujourd’hui, sont révélateurs de l’incapacité à organiser un réel mouvement de lutte contre le chômage très large, très fort ? Ou bien que cette situation est une étape obligée parce qu’il ne peut pas exister réellement de mouvement contre le chômage avant que les chômeurs et les précaires soient parvenus à arracher quelques droits ? Je parie plutôt sur cette dernière hypothèse. Cela prendra du temps, mais j’y crois.

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