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SUD-PTT, un outil de lutte pour les revendications
Antillais, Guyanais, Réunionnais

Exilés, déracinés, ils ont quitté leur pays pour gagner la métropole à l’heure où il s’agissait pour la France d’étouffer l’agitation sociale dans ses départements d’outre-mer. Années 60 : la colère gronde dans ces régions, survivance de l’empire colonial, dans un contexte économique désastreux accompagné d’une forte explosion démographique. A la même époque, en Afrique, les colonies françaises obtiennent une à une leur indépendance. Pas question de permettre aux velléités anticoloniales de se renforcer dans les Dom d’où la métropole tire encore une grande partie de ses richesses. Le BUMIDOM (Bureau d’immigration d’outre-mer) est créé. Il va organiser l’immigration de milliers d’Antillais, de Réunionnais, de Guyanais vers des emplois de la Fonction publique en métropole, une façon d’éviter des explosions plus radicales, une façon aussi de les attacher à l’État français, leur employeur.
Antillais, Guyanais, Réunionnais, une catégorie de salariés importante à La Poste et à France Télécom et qui sort de l’ombre pour la première fois lors de la grande grève des PTT de 1974. A ceux qui leur reprochent de ne jamais s’être
impliqués dans les luttes des années précédentes, les agents originaires des Dom rétorquent que c’est la première fois qu’on les écoute. Ils expriment ainsi à quel point, jusqu’à présent, ils ne pouvaient pas se reconnaître dans les revendications portées par le mouvement syndical... Des « grèves de Blancs », comme ils disaient.
Eux, ils auraient voulu dénoncer les discriminations dont ils étaient l’objet, le mépris dans lequel l’administration les tenait, leur difficulté à vivre cet écartèlement constant entre leur lieu de travail - Paris - et le lieu de vie de leur famille, de leurs origines, de leurs vacances, de leur identité. Aucune organisation syndicale n’avait pris en charge leurs revendications. Aux lendemains de 1974, elles mettront en place un secteur spécifique chargé de ces questions, souvent baptisé AGR, comme Antillais, Guyanais, Réunionnais.
Les années qui suivent sont marquées par des mobilisations importantes, les AGR parvenant à mettre à bas certaines des scandaleuses discriminations dont ils étaient victimes. Ainsi, les fonctionnaires métropolitains pouvaient obtenir leur mutation vers les départements d’outre-mer plus facilement que les originaires de ces mêmes départements qui, eux, n’avaient pas vraiment choisi leur exil. Pire encore, les métropolitains nommés dans les Dom bénéficiaient alors d’une prime dite d’éloignement à laquelle les AGR travaillant en métropole n’avaient pas droit. Ils profitaient aussi de facilités de congés beaucoup plus intéressantes.
La première démarche de Sud Ptt sera de retisser des liens avec les membres d’une communauté plus ou moins abandonnée par le travail syndical depuis l’arrivée de la gauche au pouvoir, au début des années 80, et dont les membres conservent trop souvent le sentiment de n’être que des « sous-fonctionnaires ». Réunions, assemblées générales, questionnaires... Le but est que le plus grand nombre d’entre eux s’expriment, fassent état de leurs inquiétudes, de leurs préoccupations, de leurs revendications. Un cahier de doléances est mis en circulation, clin d’œil symbolique à la période révolutionnaire qui décréta en 1789 l’abolition de l’esclavage.

L’humiliation

L’esclavage, une histoire qui les concerne tous, un sentiment d’injustice à fleur de peau, une peau noire qui les place en butte au racisme, une sensibilité particulière à l’oppression. En juillet 1990, les AGR qui se pressent à l’aéroport pour se rendre au pays et profiter de leurs congés bonifiés, subissent un véritable électrochoc, la goutte d’eau qui fait déborder un vase de ras-le-bol déjà bien rempli. Leur départ est remis au lendemain, parce que priorité est donnée aux Européens qui souhaitent s’évader vers les îles. Eux devront attendre vingt-quatre heures, parqués dans un hangar sous le contrôle des forces de l’ordre. La journée de grève AGR à laquelle appelleront SUD et la CGT rencontrera un franc succès. Le maintien des congés bonifiés, acquis par des luttes importantes au milieu des années 70, et la prise en compte des demandes de mutation arrivent en tête de leurs revendications. Et ce n’est pas sans susciter des tensions et des contradictions.
En métropole, dans les services où existe une forte concentration d’AGR, le personnel qui part en congés bonifiés n’est pas remplacé et leurs collègues ont parfois du mal à vivre les désorganisations liées à cette absence de deux mois. Dans les Dom, plutôt que de faire appel aux fonctionnaires et de respecter les tableaux de mutation, les directions préfèrent recourir à l’embauche massive d’agents contractuels recrutés sur place, renvoyant aux calendes grecques les demandes de mutation de leurs compatriotes exilés en métropole.

Le passif colonial

Comment éviter qu’un fossé se crée, que les uns se dressent contre les autres, que chacun s’enferme dans la seule défense de ses intérêts immédiats ? D’autres formations syndicales n’hésitent pas à jouer la politique du double discours : un discours en Métropole insistant sur les mutations, un discours dans les Dom préconisant les titularisations sur place. Sud-Ptt s’efforce pour sa part d’être cohérent, de replacer les problèmes des uns et des autres dans une vision plus globale, de renouer finalement avec une tradition syndicale qui est aussi celle de la prise en charge des problèmes coloniaux. Le lien régulier entre la commission AGR fonctionnant en métropole et les syndicats SUD-PTT créés dans les différents Dom permet de garder cette cohérence. Il s’agit de soutenir les revendications des membres de la communauté AGR tout en les liant au contexte des départements d’outre-mer. Comment en effet peuvent se comprendre ces revendications sans s’attarder sur l’histoire collective de cette communauté ? Comment peuvent se comprendre l’inégal développement entre la métropole et ses départements d’outre-mer, l’inégalité de traitement entre les Français métropolitains et les Français d’outre-mer ? La petite phrase qui circule sur leurs tracts fait mouche : « Français oui, mais sur le papier uniquement... ».

Ces questions demanderaient une réflexion approfondie que, par manque de temps, SUD-PTT a du mal à entreprendre. Il faudrait pourtant trouver le temps de décortiquer tous les mécanismes de la discrimination ; mettre à nu les réflexes inconscients des uns et des autres sur leurs rapports à la différence ; s’attarder sur le passif colonial, mesurer les ambivalences des uns et des autres, attachés à leur terre d’origine tout en s’y sentant parfois étrangers, anticolonialistes tout en étant fonctionnaires de l’État français.
Finalement, la décision a été prise de mandater un permanent à plein temps sur ces questions, non sans discussion. Ne risquait-on pas de créer au sein de SUD-PTT une commission marginalisée, dans laquelle les problèmes soulevés par les AGR ne rencontreraient que la préoccupation du seul permanent « spécialiste » ? Mais les dossiers devenaient de plus en plus lourds à gérer, la question prenait de plus en plus d’importance, demandait de plus en plus d’investissement. Le décalage horaire lui-même, pour faire le lien avec les militants ou les directions en place dans les Dom, exigeait un autre rythme de travail.
Même intégrés dans SUD-PTT, les AGR ne sont pas à l’abri d’une certaine marginalisation. Comment permettre à leurs revendications de traverser toutes les équipes syndicales au-delà de leur seule communauté ? La défense du service public est en ce sens un enjeu capital, un terrain qui pourrait normalement rassembler, tenir compte de la dégradation des services dans les Dom et la dénoncer : on a ainsi pu voir des bureaux de poste éclairés à la bougie ! Mais cela suppose d’avoir une vision et une réflexion sur le service public qui ne soient pas focalisés uniquement sur l’Europe et de ne pas oublier que la responsabilité de l’État français s’étend au-delà de la seule métropole, de dénoncer là-bas aussi les inégalités.

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